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Les locomotives de type Dm3 SJ
Des mines de fer au nord du Cercle Polaire – création et
historique de la LKAB
Les premières écritures sur la région minière du nord de la
Suède datent de 1696. On y découvre que certaines régions du Lappland regorgent
de minerais de fer avec une grande teneur en phosphore. Vers 1736, les premières
cartes précises des zones minières de Kiruna sont dessinées par Anders Hacksell.
Elles montrent deux montagnes qui seront nommées Berg de Frederiks (Kiirunavaara)
et Berget Ulrika Eleonora (Luossavaara). Il faudra attendre un siècle pour que
les choses bougent vraiment : en 1864, la « Gallivare Compagny » voit le jour.
Elle est soutenue par des milieux financiers anglais qui vont tenter d’exploiter
ces fameuses mines et de relever le défi d’acheminer les minerais du lieu
d’extraction jusqu’aux endroits appropriés pour les expédier dans le monde.
L’idée originelle est d’utiliser le chemin de fer de
Gallivare à Luleå conjointement avec un
transport fluvial pour éviter les zones les moins propices au transport
ferroviaire. Malheureusement, la compagnie tombe en faillite trois ans plus
tard. Elle renaît de ses cendres peu de temps après sous le nom de « New
Gallivare Compagny » et de « Gallivare Aktiebolag ». C’est grâce à ce nouveau
souffle de vie que la première concession pour une exploitation ferroviaire est
délivrée en 1888 à l’entreprise. Elle aura pour but de relier
Luleå (côte est de la Suède) à Ofoten (côte ouest
de la Scandinavie, Norvège). Il s’agit là d’une mission énorme vu la
configuration de cette région au nord du Cercle polaire. Un premier tronçon
d’environ 250 km reliant le port de Luleå à Malmberget (proche de Gallivare),
est mis en exploitation la même année.
Seulement, le temps mis pour
acheminer 1'000 tonnes de minerai (9 jours), provoque rapidement la faillite de
l’entreprise. La même année, et toujours intéressé par les profits que les mines
peuvent générer, l’état suédois rachète toutes les actions pour la moitié de
leur valeur, ce qui remboursera une partie de l’investissement des Anglais. Le
24 octobre 1890, la « Luossavaara-Kirunavaara Aktiebolag » (LKAB) voit
officiellement le jour avec l’autorisation suprême du Roi en personne.
L’exploitation de la ligne reste cependant difficile avec la traction vapeur. En
1899, la ligne de chemin de fer arrive à Kiruna. Cela a représenté un grand pas
dans le transport du minerais, d’autant plus que les gouvernements suédois et
norvégiens se sont entendus l’année précédente pour garantir un transport
ferroviaire complet de Luleå jusqu’au port de Narvik. Ce dernier bénéficiant de
conditions exceptionnelles tout au long de l’année car totalement épargné par le
gel des voies maritimes en hiver contrairement à la zone Est de la Scandinavie
qui doit utiliser des brise-glaces en saison froide.
En 1900, la ville de Kiruna
devient une localité à part entière. L’exception qu’offre le site pour
l’utilisation des ressources souterraines va amener rapidement une population
importante si bien que des infrastructures importantes devront être développées
en parallèle des mines. Il y aura même un tramway, aujourd’hui hors-service, qui
arpentera les rues. Sans oublier que si une ville naît et croît rapidement, il
faut aussi en assurer le fonctionnement (centrale électrique, hôpital, cinémas,
restaurants et logements). Tout est financé par la LKAB, y compris l’église !!
C’est ce qui frappe lorsque l’on arrive aujourd’hui à Kiruna : au milieu de
rien, la ville s’est construite et vit un petit peu vase clos dans ce paysage
peu accueillant.
Le 15 novembre 1902, la ligne
est totalement posée entre Narvik et Luleå. Les Norvégiens, ayant commencé à
construire de leur côté la voie ferrée, rejoignent les Suédois à Riksgränsen. Le
transport du minerai va enfin pouvoir commencer de manière soutenue.
Le 14 juillet 1903, le Roi
Oscar II inaugure officiellement la ligne de chemin de fer et au mois de janvier
suivant, le premier bateau de minerai part du port de Narvik, ouvrant la voie à
des milliers d’autres.
En 1915, l’installation d’une
centrale électrique de grande puissance assure l’alimentation du réseau
ferroviaire. Il a été décidé d’utiliser la tension 15 kV 16,7 Hz que d’autres
pays nordiques ainsi que l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse équipent leur
réseau. Ainsi, la section Riksgränsen à Kiruna devient le premier tronçon
nordique à voie normale à être électrifié. La totalité de la ligne, de Luleå à
Narvik, est totalement mise sous caténaire en 1925.
Dans les années 30,
l’extraction minière subit de plein fouet le crash économique pour se refaire
une santé dès 1936. Cette année-là, le LKAB a retiré plus de 12 millions de
tonnes (!) de minerais de fer des mines du Lappland. Revenons à l’histoire de la
ligne, durant la seconde guerre mondiale : vu sa situation privilégiée, le port
de Narvik est bombardé puis détruit par l’armée allemande. La totalité du trafic
ferroviaire est alors concentré sur et via Luleå et son port. Ce ne sera que
dans les années 50 que le port de Narvik pourra reprendre son activité
post-conflit.
Cliquez sur l'image pour avoir la carte du réseau en 1937
(document pdf)

On réfléchit de plus en plus à
creuser en profondeur pour rechercher le minerai de fer. Des projets sont mis
sur pied et qui auront pour objet la fermeture des sites à ciel ouvert pour
creuser des galeries souterraines. Dès 1958, on prépare cette transition en mine
souterraine à Kirunavaara. L’exploitation s’arrête pour la partie « ciel
ouvert » en 1962 avec les chiffres hallucinants suivants : 209 millions de
tonnes de minerais et 140 millions de tonnes de roches et autres matériaux
excavés.
En 1964, la mine de
Svappavaara est ouverte. Elle se situe à une trentaine de kilomètres de Kiruna
et est également reliée au réseau ferré. L’ouverture de ce site impose de
nouvelles méthodes de production et de préparation au transport. Le minerai est
dorénavant transformé pour être conditionné et transporté sous forme de billes
de 3 à 4 cm de diamètre. Kiruna et Svappavaara sont dotés d’installations en
conséquence entre l’extraction et le chargement ferroviaire.
Les années 70 sont le théâtre
de conflits sociaux et de baisses de demande. Certes, il y en avait déjà eu
quelques uns auparavant mais jamais aucuns n’avaient atteint le niveau de
celui-ci. Après 56 jours d’arrêt, l’exploitation reprend. Les employés
toucheront dorénavant leur salaire mensuellement et bénéficieront de quelques
avantages supplémentaires. Après ce conflit, des records en production seront
enregistrés : 1972 = 20 millions de tonnes ; 1973 = 28 millions de tonnes ; 1974
= 30 millions de tonnes (le record absolu !). La production retombe à 20
millions de tonnes en 1975 et l’état doit venir au secours. L’année suivante, la
mine de Svappavaara est temporairement fermée faute de demande sur marché. Tout
cela va durer jusqu’en 1978 où le plancher de 18 millions de tonnes est atteint.
Toutes les mines et exploitations tournent au ralenti.
Ces années de vaches maigres
vont motiver le LKAB à effectuer des recherches minières sur plusieurs points.
Leur idée est de trouver d’autres matériaux à extraire et dont la sidérurgie
mondiale pourrait trouver preneur. Ainsi, on va commencer l’exploitation de
mines de cuivre, de phosphore et apatite. Différents sites de creusage sont
ouverts dans les alentours de Kiruna. Les mines, aujourd’hui abandonnées, sont
encore visibles par endroits. Malgré cela, les effectifs dégraissent : de
presque 5'500 employés d’avant le « boom », Kiruna voit le personnel diminuer à
3'700. En 1983, la mine de Svappavaara est fermée. L’état doit injecter des
Krone (couronnes) pour assurer la survie des mines. Les tramways disparaissent
de Kiruna et la population diminue.
Ce n’est qu’en 1988 que le
LKAB va réengager du personnel pour pallier à une nouvelle demande de matière
première. Deux ans plus tard, la décision d’ouvrir un nouveau secteur de
fouille, qui en contenant déjà 6, est prise. Les réserves de minerais sont
estimées à 330 millions de tonnes, soit 20 ans de travail. On commence aussi à
réfléchir à de nouvelles méthodes de production, plus modernes afin d’économiser
les coûts. Cela découle, en 1994, à une réflexion sur le transport ferroviaire
et son organisation. Considéré comme coûteux et lent, le LKAB prend les devants
avec les deux opérateurs historiques impliqués dans le trafic, à savoir les SJ (Statens
Järnvägar) pour
la Suède et les NSB (Norges
Statsbaner) pour la
Norvège. Un contrat à durée « déterminée » de 5 ans est signé. Son but est de
faire pression sur les coûts générés par l’aile ferroviaire et d’en abaisser les
tarifs qui grèvent littéralement le LKAB. Ce nouveau concept donne naissance à
la nouvelle compagnie « Malmtrafik i Kiruna AB » (MTAB) qui sera en charge
d’assurer le transport du minerais dès 1996, date de sa création officielle. A
noter que côté norvégien, le pendant du MTAB se nomme MTAS !!
La situation économique
mondiale se dégrade lentement. Par intermittence, les sites de production
doivent réduire ou fermer. Malgré cela, le LKAB demande à l’infrastructure
ferroviaire de s’adapter à des charges allant jusqu’à 30 tonnes par essieu,
nettement plus importante que les 25 tonnes d’alors. En 1998, on commande de
nouvelles locomotives et du matériel remorqué de plus grande capacité et, en
1999, les SJ et les NSB vendent leurs parts de l’entité MTAB/MTAS qui sera
entièrement revendue à l’entreprise LKAB. De ce fait, la partie ferroviaire
devient une filiale du groupe. Par contre, l’infrastructure reste propriété des
opérateurs historiques suédois et norvégiens conformément aux nouvelles
directives européennes en matière d’accès au réseau.
Depuis le début des années
2000, l’extraction reprend l’ascenseur : 21 millions de tonnes/an. De nouveaux
sites sont ouverts car les plus anciens s’épuisent ou ne sont plus adaptés aux
moyens modernes de production. Trois ans plus tard, la Chine provoquant une
grande demande en acier, le LKAB reprend des allures fastes et peut regonfler
ses réserves financières mises à mal durant les années précédentes. Le groupe se
subdivise en trois filiales (Extraction, Minerais industriel et entreprises
spéciales). Il prend un essor important et rejoint le carré des plus grandes
entreprises mondiales liées à l’extraction et exploitation d’installations
minières.
En 2005, la LKAB a vécu une de
ses années les plus enrichissantes. Grâce à la poursuite de l’essor du monde
Asiatique en demande de matière première, les ventes augmentent de 60 % !! Le
revenu se monte à 6,4 milliards de Couronnes (soit 113’284'772.-
CHF ou 70.556.466,88 Euros ; cours du change au 06.01.2007). De nouveaux
investissements sont alors effectués dans de nouvelles installations au port de
Narvik et toutes les entités de l’entreprise sont certifiées ISO (des ports aux
mines en passant par l’exploitation ferroviaire).
A noter, en dernier lieu, qu’actuellement la commune de
Kiruna couvre environ 20'000 km2 (soit un peu moins de la moitié de la surface
de la Suisse). A part l’industrie minière on trouve, à 50 km à l’est de Kiruna,
l’une des rares plates-formes civiles de lancement de satellites et ballons
sonde d’Europe qui est située sur la commune d’Esrange.

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