Afin d’assurer
l’alimentation électrique du réseau basse tension, la machine est équipée d’un
convertisseur statique. Il permet en outre le fonctionnement des circuits du
contrôle de la commande, de la
charge des batteries et du frein rhéostatique. Ce fut l’une des premières
utilisations de l’électronique pour la charge des
batteries.
Auparavant, on avait recours à une machine tournante pour ce travail.
Un compresseur
fonctionnant sous 1'500 V produit l’air comprimé nécessaire pour la marche du
train (freins, etc.). Un compresseur auxiliaire permet la mise en service de la
machine en cas de pression insuffisante dans les réservoirs principaux.
Cette locomotive est
équipée d’une ventilation forcée pour refroidir les rhéostats de démarrage lors
du décollement du train. L’effet joule dispensé pourrait, selon les cas,
provoquer un tel échauffement de ces résistances qu’elles fondraient.
La ventilation est un élément très important
garantissant le bon fonctionnement de la locomotive.
Il y a deux groupes de trois moteurs ventilateurs couplés en parallèle et ils ne
fonctionnent que lorsque les rhéostats de démarrage sont alimentés. Les moteurs
de traction, eux, sont de type auto ventilés.
Freins mécaniques
:
Chaque bogie est équipé d’un distributeur de
frein.
Le mécanicien dispose d’un robinet de frein
automatique, d’un
manipulateur pour le frein direct et d’un
robinet d’urgence.
Le mécanicien sélectionne le mode frein
Electro-Pneumatique (EP) en/hors service.
6. Les
séries « spéciales »
Comme expliqué
dans le chapitre 2, la locomotive CC 6500 a connu plusieurs développements qui
ont fait le bonheur des cheminots et des amateurs de belles machines.
La CC
21000 (21001-21004) :
L’étude de la
locomotive CC, prévoyait la version bicourant du véhicule.
Les puristes
voient dans la CC 6500 une descendante de la CC 21000 en y enlevant tout
simplement l’équipement 25 kV ! Le concepteur, Fernand Nouvion, était un
ingénieur progressiste. Il
a apporté énormément à la SNCF en matière de véhicules moteurs. La réalisation
de la série CC porte sa « griffe » !
Le nombre des
machines ne dépassa jamais les 4 unités, numérotées 21001 à 21004. Dans la
pratique, les deux premières locomotives furent utilisées uniquement pour des
campagnes d’essais et, par la suite, il en fut commandé deux supplémentaires
mais il n’y eut jamais de série complète.
La complexité de
l’électrification du réseau SNCF amène les ingénieurs à réfléchir sur la
construction de machines aptes à rouler sous toutes les tensions employées sur
le réseau de l’hexagone. Même si par la suite le résultat n’atteint pas les
objectifs voulus, il convient de saluer les percées
monumentales en matière de traction électrique et d’emploi d’appareillage
spécifique pour le fonctionnement sous des tensions et des régimes différents.
L’électronique de puissance employée
de nos jours sur la majorité des véhicules moteurs ferroviaires a bénéficié de ces essais et
recherches de la fin des années 60 !
Au niveau mécanique, la CC
21000 ne présente pas de différences notables, toutefois,
au niveau électrique, la
tension de 25 kV 50 Hz impose
l’installation d’un transformateur monophasé considéré comme relativement
volumineux et pesant ! Son refroidissement est assuré par la circulation d’huile
générée par une pompe séparée. Les serpentins continuent ensuite dans les
canaux
de la ventilation pour y rafraîchir le tout. La machine du également être
équipée d’un disjoncteur principal supplémentaire d’un type différent que celui
employé sous tension continue. Le Disjoncteur DBTF était largement utilisé sur
le matériel moteur monophasé des chemins de fer suisses (locomotives Re 4/4
I/II/III, Re 6/6, Ae 6/6, Ae 4/7 séries SAAS, etc.) et développé par BBC. Sa
souplesse d’emploi et de construction en on fait un élément fiable et très
répandu.
Afin d’assurer
l’alimentation en courant continu des moteurs de traction, les concepteurs ont
développé un pont redresseur mixte à diodes et thyristors. On arrive donc dans
le domaine du courant ondulé (ou redressé).
Au niveau de la
ventilation, la machine est munie de 8 moteurs ventilateurs au lieu des 6 usuels
sur la 6500.
Les 4 « 21000 » ont toujours été rattachées au dépôt de
Dijon. A noter que le code postal y est également « 21000 » !!! Les machines ont
assuré toutes sortes de services sur les lignes du Jura en direction de Dôle,
Frasne, Mulhouse, Strasbourg ou Vallorbe (25 kV 50 Hz). Elles ont aussi fait des
apparitions en direction de Toulouse, Bordeaux ou Paris (1,5 kV DC).
Sorties d’usine en 1969,
elles
roulent sur des services prestigieux
tels les trains
Lutetia ou Cisalpin pour se
faire
rapidement bousculer dans les années 80 par
d’autres machines bicourant, à savoir les BB 22200
et les BB 26000
ainsi que les
nouvelles relations TGV. Il faut cependant noter que les 21000 sont des
machines-test importantes pour la mise en service du Train à Grande Vitesse. Les
21001 et 21002 ont reçu l’équipement TVM (signalisation de cabine),
ensuite retiré lors de leur conversion en 6500. Elles ont
aussi été équipées des fameux pantographes à double articulation pour la
circulation sur les Lignes à Grande Vitesse (LGV).
Petit à petit, leur emploi
est
réduit à peau de chagrin et les 21001 à 21004
sont
définitivement retirées du service « alternatif » après dépose de leur
équipement 25 kV et continuent leur carrière comme de simples CC 6500
renumérotées 6575-6578 dès 1996.
Les 6500
« Maurienne » (6539-6559) :
La ligne de la Maurienne
(Savoie), exploitée entre Chambéry et Modane, est un véritable axe fret entre la
France et l’Italie. Les déclivités importantes (30 o/oo) impliquent des moyens
de traction performants et robustes. A l’époque de la compagnie du PLM,
apparaissent des locomotives telles que les 2BB2 3200, 2BB2 3300, 242CE1, 1ABBA1
3500/3600, 1CC1 3700/3800 et 2CC2 3400. Certaines de ces machines n’ont pas
dépassé le stade du prototype. Une vingtaine de CC 6500 ont ainsi
porté
assistance aux CC 7100 en service sur cette
ligne difficile.
Les 6500
« Maurienne », numérotées 6539 à 6559, furent rapidement des stars dans leur
domaine car les charges remorquées passèrent de 430 à 600 tonnes !! Elle ont
reçu une livrée « Vert bouteille » pour les différencier de leur consoeurs car
un appareillage particulier y a été installé : un frotteur latéral destiné au
captage du courant vu l’absence de caténaire sur la ligne. Il s’agit d’un
système quasiment identique à celui encore visible sur les lignes du Martigny –
Châtelard – Vallorcine - Chamonix (ligne à voie métrique des TMR et de la SNCF)
ou sur la ligne du Train Jaune entre Villefranche de Conflent et Latour de Carol
en Cerdagne. Un des critères qui fit choisir la machine pour ce service
spécifique fut la longueur de la loc car il devait y avoir une distance minimale
entre les deux frotteurs latéraux pour pouvoir passer les passages à niveau sans
subir de coupure d’alimentation.
Leur service
fut donc placé sous le signe de la « Petite Vitesse ». On leur bloqua le
réducteur PV/GV sur la limitation à 100 km/h et elles n’assurèrent que
principalement du trafic fret, soit en tête soit en pousse, de temps à autre un
service voyageur. Leur rayon d’action fut plutôt restreint car leur frotteur
latéral interdisait la circulation sur d’autres lignes que celles pour
lesquelles elles ont reçu cet appareillage. Pour rallier d’autres destinations,
par exemple Lyon (qui fut un temps leur dépôt d’attache avant d’être mutées à
Chambéry), il fallait leur démonter le frotteur sous risque de l’arracher au
passage d’un quai !
Les machines ont aussi été
équipées d’un système de freinage dit intermittent qui permettait de maintenir
la température de la roue à une valeur désirée lors de la circulation par temps
neigeux. Lors de conditions atmosphériques hivernales, le
mécanicien enclenchait le freinage intermittent. La
fonction temporisée commandaitune pression dans les cylindres de freins
à intervalles réguliers afin de plaquer les semelles de frein sur les roues
durant quelques secondes. On voulait réduire la formation de blocs de glace dans
les organes de roulement et de freinage. A noter qu’une procédure similaire
existe encore de nos jours où il est conseillé, par circulation dans la neige
poudreuse, d’utiliser le frein pneumatique régulièrement afin de garantir le bon
fonctionnement des appareils de frein !
Le glas sonna
en 1976 où la ligne fut électrifiée intégralement au moyen de la caténaire. La
série perdit le frotteur et retourna à une vie « normale » avec la remise en
service du régime GV !
Actuellement,
seule la CC 6558 est encore titulaire de la livrée « Maurienne ».
Les CC
14500 :
La version monophasée de la
6500 n’a jamais vu le jour. Elle n’a pas dépassé le stade de la planche à
dessin. Prévue pour la desserte de la région Nord et du tunnel sous la manche,
la complexité de la machine CC ne fut pas un bon point pour son avenir. Les
locomotives BB 15000 ont donné entière satisfaction dès leur mise en service et
ont assuré sans peine des prestations sur des
profils qualifiés de peu accidentés. Leur construction moins complexe au niveau
mécanique coupa définitivement les ailes de
la CC 14500,
qui resta un projet sur papier !