La construction de la caisse est réalisée au moyen de
poutres latérales soudées. Des traverses et
des tôles assemblées assurent la rigidité du châssis.
De petites différences apparaissent en fonction des séries et des
équipementsexigés selon les régimes d’utilisation.
Par exemple, les CC 21000 ont un transformateur monophasé 25 kV très volumineux
à loger ! Les CC 6500 en sont dépourvues (courant continu). Cet emplacement est
remplacé par une tôle épaisse de 25 mm, soudée au châssis, ce
qui assure le lestage de la machine. Il y aura également des différences entre
les séries en matière de grilles de ventilation (jalousie). Je ne vais pas tout
énumérer ici car cela relève du détail.
Toit :
Du côté de la toiture,
l’équipement se compose de deux pantographes,
du parafoudre et de l’isolateur d’entrée.
Certains éléments du toit sont amovibles afin de permettre des travaux
d’entretien tels que l’échange de compresseur
sans devoir lever la caisse.
Bogie et
effort de traction :
Les bogies sont d’une
construction remarquable. L’exploit demandé à
la machine consiste à rouler à haute vitesse (200 km/h) et remorquer des trains
lourds. Le bogie est équipé d’un moteur de traction (dont les spécificités sont
présentées dans la partie électrique) et de trois essieux composés de roues
monoblocs.
L’effort de traction
mécanique est transmis du moteur au bogie via une « chaîne cinématique »
composée d’un groupe de 3
trains d’engrenages. La complexité du
système, desservi au moyen d’un basculeur manuel,
provient de deux régimes de traction distincts pour les services de la machine.
Ces régimes, nommés PV (Petite Vitesse à 100 km/h) et GV (Grande Vitesse à 200
km/h) permettentd’adapter la
machine à sa charge remorquée et optimaliser
ses performances.
Par exemple, aux CFF, les séries de locomotives Re
4/4 II et Re 4/4 III sont munies de rapports d’engrenages différents. La série
des Re 4/4 III est
avant tout destinée
au trafic marchandises.
Sur la CC 6500,
le rapport d’engrenage peut être modifié par le mécanicien au moyen du
dispositif de changement de rapport situé sur chaque bogie.
Notons qu’en
régime GV il était initialement prévu de rouler à
220 km/h. Cette vitesse ne fut atteinte que lors d’essais,
ensuite la V max fut limitée à 200 km/h.
Plus tard, diverses modifications limitèrent le
rapport GV à 160 km/h
pour la simple raison que l’apparition des TGV
rendait superflu le régime GV à 200 km/h.
De plus, la machine étant très sollicitée mécaniquement à haute vitesse, les
pignons de réductions furent modifiés pour n’obtenir que le rapport 100/160
expliqué ci-dessus.
Notons encore
la présence d’un système d’entraînement à cadrans (roue dentée principale -
essieu) plus communément appelée « transmission Jacquemin ». Cette mécanique
laisse à l’essieu une souplesse pour l’inscription dans les courbes ainsi que
l’absorption de mouvements verticaux.
Dernier point
de la transmission de l’effort. La présence de barres de traction reliées entre
le bogie et la caisse de la locomotive.
Suspension :
Comme sur la
majorité des locomotives à voie normale, nous nous trouvons face à une
suspension dite primaire et une suspension secondaire.
La « primaire »
absorbe les imperfections de la voie (latérales et verticales). Elle est
composée de doubles ressorts hélicoïdaux, d’un système à bielles et
d’amortisseurs hydrauliques. La suspension secondaire tend à donner une
stabilité et un confort de roulement entre le bogie et la caisse. Cette dernière
repose sur le bogie par un système de blocs sandwiches qui ne sont, en fait, que
des éléments caoutchouc dont le taux de déformation est quasi-nul. On peut donc
appuyer la caisse sur ces blocs disposés de manière inclinée, ce qui assure
encore un centrage naturel de la caisse. L’emploi des élastomères pour les
technologies modernes n’est plus à prouver de nos jours !
Notons également la pose
d’amortisseurs anti-lacets destinés à diminuer au maximum les effets très
désagréables des mouvements latéraux de la caisse.
Certes, les mouvements de roulis sont inévitables sur un véhicule ferroviaire.
Toutefois, on a voulu réduire au minimum
toutes les nuisances parasites en équipant la
locomotive d’un bogie très complexe pouvant
rouler à haute vitesse.
4. Partie
électrique
La machine est
divisée en deux parties bien distinctes, à savoir la partie Haute Tension (HT)
et une partie Basse Tension (BT).
En ce qui
concerne la partie Haute Tension (ou circuit de puissance), rien ne diffère de
toute autre locomotive : la machine possède des pantographes (2), qui alimentent
le disjoncteur principal ultrarapide et, par la suite du schéma électrique, les
moteurs de traction via les inverseurs, graduateurs et les résistances de
démarrage (communément appelées rhéostats).
Moteurs de
traction :
Le principe de
fonctionnement est le suivant : la locomotive, bien qu’équipée de deux moteurs
de tractions « physiques » (un par bogie), en possède quatre électriquement.
On appelle cela le moteur double induit. Les carcasses des stators contiennent
deux bobinages d’induction placés l’un à côté de l’autre. Autour de l’axe, ou
rotor, se trouvent également deux induits disposés l’un à côté de l’autre sur le
même axe, nommés aussi « induits tandem ». Toute cette technologie a déjà
largement été testée et éprouvée sur les quadricourant CC 40100 et qui ont
permis de mettre au point ce moteur double atteignant les 3'000 kW (soit ~
6'000 kW par machine selon le cahier des charges).
La construction d’un tel
moteur était également conditionnée par :
- la problématique
du volume contingenté par bogie,
- le poids par
essieu du véhicule
- les critères
financiers qui se profilent comme toujours dans ce genre de réflexions
(remplacement de moteur avarié, etc..).
Le moteur
devant être utilisé également par la version bicourant de la machine, il fallait
trouver une solution pour un moteur compatible au courant continu et au courant
ondulé (ou redressé).
Donc, en
fonction des performances exigées pour la machine, on définit les lignes
directrices du cahier des charges. Le moteur à double induit permet de diminuer
par deux le courant absorbé lors des démarrages sous caténaire 1'500 V. Ce qui
reste l’un des grands problèmes de la traction par courant continu. L’effet
Joule n’est pas une simple théorie dispensée dans les écoles techniques, mais
une réalité à laquelle se confrontent journellement les locomotives. Le couplage
en série des moteurs doubles permet donc de pallier à ce problème.
Graduateur
ou sélecteur :
Pour assurer le démarrage de
la locomotive, donc de faire varier la vitesse des moteurs de traction, on
utilise un servomoteur électropneumatique qui entraîne deux graduateurs (ou
sélecteurs). Des contacteurs permettent différents couplages afin de
diminuer ou augmenter la valeur des rhéostats, donc d’influencer directement le
courant absorbé par les moteurs de traction.
Les combinaisons de
couplages sont les suivantes :
série, série - parallèle et parallèle. On retrouve le principe du graduateur sur
d’autres machines (par exemple les monophasées Re 6/6 ou Re 4/4 II/III des CFF)
et cela reste un des moyens les plus simples, outre la batterie de contacteurs
électropneumatiques, pour modifier les couplages moteurs.
Certaines machines
ont reçu un « automate programmable ».
Assez proche de la vitesse imposée, ce système permettait
d’adapter l’effort de traction aux conditions
d’adhérence de la machine. On voulait, par cet appareil, diminuer les problèmes
d’usure et de contraintes sur les organes de roulement de la machine, fortement
sollicités à haute vitesse. Pour terminer, le système d’automate gère le passage
des crans de traction et de shuntage selon
la tension de
la caténaire
pour rendre la conduite de la machine plus souple suivant les lignes et les
conditions atmosphériques.
A noter encore
les différentes possibilités de freinage électrique :
Le freinage rhéostatique commandé par le mécanicien au
moyen du manipulateur. Ce système sert uniquement au maintien de la vitesse,
par exemple.
Utilisation simultanée du frein automatique et du frein
rhéostatique lors que mécanicien effectue une dépression dans la conduite
générale en régime de conduite normale.
Le freinage rhéostatique d’urgence entre en action lorsque
le mécanicien effectue une dépression de 1,7 bars dans la conduite générale.
Une batterie 30 V assure l’excitation des inducteurs sous le mode serrage
d’urgence en cas d’absence de tension de ligne de contact.
Appareillage
basse tension :
Le circuit
d’asservissement - 72 Volts - permet la gestion et l’utilisation de la machine
au travers des appareils de mesure, fusibles et disjoncteurs, éclairage,
dispositifs de contrôle, contacteurs…